Découverte musicale ou tyrannie du choix ? More is Less.

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Le choix illimité et la découverte de musique sont-ils compatibles ?

Depuis l’avènement du numérique, l’histoire de l’industrie de la musique est jalonnée de dates importantes : 2001, le procès Napster; 2003, le lancement d’iTunes; 2007, Blogmusik puis Deezer; 2008, le lancement de Spotify.
2014 marquera l’année de la consécration du streaming mais aussi de ses paradoxes.

Pour les fanatiques de musique, le streaming, c’est la “terre promise”. Ce qu’on pouvait rêver de mieux dans nos rêves les plus fous. C’est la caverne d’Alibaba, comme rentrer dans une confiserie et tout dévorer, sans limite.

Mais pour les “non fanatiques”, juste les gens “normaux” ?

Les services de streaming donnent accès à l'”illimité”. Mais, ces derniers sont face à un paradoxe. Devant trop de choix, la passivité s’installe voir l’angoisse. Plus le choix augmente et plus la satisfaction baisse. Dans son ouvrage “Le paradoxe du choix” le psychologue américain Barry Schwartz explique – avec talent- que le choix ne nous rend pas plus libres mais plus paralysés, pas plus heureux mais plus insatisfaits.

La plupart des “consommateurs” de musique n’ont pas le soucis de la “découverte”. Seuls professionnels s’en persuadent.
Si on exclut les personnes qui consomment la musique comme une addiction -comme moi- la plupart des gens veulent juste “écouter de la musique”. Pour cette raison, la radio reste un média puissant. C’est d’ailleurs ce que révèle la dernière étude conduite par MELTY pour mesurer les pratiques du streaming auprès des jeunes : Si les sites de streaming sont le vecteur de découvertes musicales pour 48% des meltynautes interrogés, la radio et la télévision restent des médias très influents, cités à hauteur de 50% et 39% respectivement.

Alors, que faut-il pour que le consommateur ne soit pas angoissé en arrivant sur une plateforme de musique face à 30 millions de titres ?
Il faut un “filtre”, un “curator”, un “guide”. Algorithme ou recommandation humaine, on en revient au rôle premier des médias dit “spécialisés” et du bon vieux “disquaire”, ce copain qui guidait mes choix quand j’étais adolescent.
C’est finalement l’imprévu et la surprise qui nous donne le plus de plaisir. Et ceci dans de nombreux domaines, comme le démontre Renata Salecl dans “la Tyrannie du Choix” dont je vous recommande la lecture.

Pour les services de streaming “LE PARADOXE DU CHOIX” c’est que MORE IS LESS.

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Si une petite voix m’avait dit, quand j’avais 13 ans, que j’aurai la chance d’évoluer dans l’industrie musicale, de travailler avec des artistes aussi fascinant que Robert Smith, Sting, Jamiroquai ou Arthur H (pour ne citer qu’eux), je ne l’aurai pas cru. Si la meme voix m’avait dit que je monterai mon label et produirai des disques, je ne l’aurai définitivement pas cru. Hier soir, Marc Morvan et son groupe a fait un très beau concert à Paris. J’ai découvert Marc Morvan il y a plus de 10 ans. J ai produit ces deux albums ( dont le premier avec son groupe “3 Guys Never In” ). J’ai produit son nouvel EP ‘ Ophelia” sorti il y a quelques jours. L’année prochaine, je produirai son nouvel album car à chaque fois que Marc me fait écouter une nouvelle chanson, elle est meilleure que la précédente. Marc Morvan est très grand auteur-compositeur-interprète. Je ne suis que son producteur mais j’en suis fier.

1989 (courtesy of Taylor Swift ?)

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J’aimerais revenir en 1989.

Le monde changeait à notre vitesse. L’entreprise était stable et sécurisante. Nous vendions des produits à des consommateurs. Chacun avait sa place. Chaque action marketing, promotionnelle ou commerciale avait des répercutions tangibles. Il était possible de prévoir. Pour l’industrie de la musique,1989 est l’année de l’explosion du marché du CD, format qui, pendant quinze ans, entrainera une croissance formidable de ce secteur.

Je ne pourrai jamais revenir en 1989.

L’album de la jeune Taylor Swift s’appelle 1989. Hasard sans doute.
Il y a quelques jours, Taylor Swift – enfin… son équipe de management et/ou sa maison de disque – retire son album des services de streaming, lui préférant le modèle du téléchargement.
Le management de Taylor Swift cherche à optimiser les ventes dans une vision court terme. Il s’agit de “milker” comme diraient les consultants des années 90.
Deux jours plus tard, Daniel Ek, PDG de Spotify, se positionne en leader des services de streaming en lui faisant une réponse bien argumentée.
Ces échanges épistolaires peuvent paraître anodins mais sont un signe de la difficulté pour les acteurs en présence de voir leur monde changer, se transformer.
Et YouTube d’annoncer hier son service de streaming payant avec un prix mensuel de l’abonnement à 7,99 euros qui fixera, sans aucun doute, le nouveau prix du marché.
On peut le regretter mais le monde de 1989 n’existe plus.
L’ âge de la possession et son modèle du téléchargement appartiennent définitivement au passé.
L’industrie de la musique enregistrée est entrée dans l’ “âge de l’accès” pour reprendre le titre de l’ouvrage visionnaire de Jeremy Rifkin cité de nombreuses fois dans ce blog.
Le nier est nier le monde dans lequel nous vivons. Ne pas s’adapter, c’est refuser d’écouter le consommateur et donc renvoyer les fans de musique vers l’illégalité.
Le streaming est la seule innovation disruptive que l’économie de la musique ait connu depuis l’invention du support au début du siècle dernier. Comme décrit dans “The innovator’s dilemma”, livre de référence de Clayton Christensen, professeur à Harvard, une innovation disruptive est une innovation qui, dans un premier temps, se traduit par une baisse de la qualité, puis parvient ensuite en répondant à des logiques financières différentes, à changer définitivement l’équilibre entier d’un secteur.
Qu’on le veuille ou non, le streaming transforme de façon définitive le modèle économique et les techniques de marketing du marché. Ce faisant, il modifie les relations entre consommateurs et artistes. Ces changements auront pour conséquence de transformer les organisations.Soit dans la douleur, soit dans l’action.

De quoi « Songs of innocence » est-il le chant ? (courtesy of U2)

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Sauf si vous étiez sur une île déserte la semaine dernière, vous avez  sans doute appris que U2  a donné son nouvel album “Songs of innocence”  à 500 millions d’utilisateurs Apple.

Cet évènement, annoncé lors la keynote d’Apple le 10 septembre par Tim Cook, le PDG d’Apple, n’était qu’un “one more thing” après l’annonce de la montre et de l’iPhone 6,  mais il est malgré tout suffisamment important pour s’y arrêter quelques minutes.

Les plus avertis diront “rien de nouveau sous le soleil”. En effet, la musique comme “produit d’appel” possède un fort pouvoir d’attraction pour vendre un produit ou un service. Dans le jargon des opérateurs de téléphonie, c’est aussi un levier efficace de “rétention” des consommateurs. La musique est gratuite certes, mais pour y accéder il faut acheter un ordinateur ou un smartphone, une connexion internet ou un abonnement téléphonique etc.

Nous avions été habitués à quelques centaines de milliers d’exemplaires « offerts »  – Prince en 2007 et son nouvel album ‘planet earth’ avec un célèbre quotidien anglais – puis un million d’exemplaires avec JayZ et Samsung en Juin 2013. Dans le cas présent, le volume change puisque l’album est donné à 500 millions d’utilisateurs. J’attends avec impatience la barre du milliard.

Rien de nouveau sous le soleil également en terme médiatique. Un coup “marketing” de ce groupe, autrefois important, aujourd’hui dépassé par les Coldplay, Linkin Park et autres Black Keys. U2 vend moins d’albums et cette exposition médiatique permet de compenser le manque de proposition artistique du groupe. U2 et Apple sont proches depuis longtemps, et cette proximité est renforcée par l’arrivée chez Apple de Jimmy Iovine, producteur et « music business executive » de renom. Racheté au prix d’un footballeur, Jimmy Iovine, est désormais chez Apple le remplaçant de Steve Jobs dans le rôle de « l’ami des artistes ». Il est le co-fondateur de Beats avec Dr Dre, société rachetée avant l’été par la firme à la pomme, comme détaillé dans mon post du 3 juin sur ce blog.

Tout ceci permet au cours de l’action Apple de grimper. Ce dernier n’a jamais été aussi haut, atteignant 101,73 dollars ce samedi 13 septembre.  Cette hausse reflète la confiance retrouvée des investisseurs en Apple grâce à la capacité du PDG Tim Cook à déjouer la concurrence et élargir le champ d’action de l’entreprise fondée par le visionnaire Steve Jobs. Désormais, la firme voit sa capitalisation grimper jusqu’aux 602 milliards de dollars, de loin l’entreprise la plus cotée en bourse.

Alors, de quoi cet événement est-il le symbole ?

Il est le symbole de l’avènement de « l’âge de l’accès », pour reprendre le titre de l’ouvrage visionnaire de Jeremy Rifkin, qui, dès 2001, décrivait la fin de la possession et le monde de l’accès.

Il est le chant du cygne du download.

Si le marché de la musique digitale est en croissance, c’est grâce au streaming. Le download est déjà en forte décroissance dans de nombreux pays.

A l’heure ou en France, le SNEP ( syndicat national des éditeurs phonographiques ) lance le premier “hit parade” streaming ( les 200 titres les plus streamés ), MIDIA Research ( www.midiaresaech.com ) révèle dans sa passionnante étude de prospectives que le chiffre d’affaires mondial du streaming devrait augmenter de 240% jusqu’en 2019. Ainsi, il représenterait 71% des revenus digitaux et 41% du chiffre d’affaires global en 2019.

Offrir cet album de U2 est donc un outil de plus pour Apple pour garder ses consommateurs dans l’écosystème Apple, les préparer au lancement du service de streaming Beats / iTunes Music et assurer la transition du download vers le streaming.

Cet épisode est aussi une nouvelle preuve de la lente mutation -ou disparition- du format album.

A l’heure du streaming, la musique se consomme de plus en plus sous forme de playlist grâce aux algorithmes de recommandation et aux données sociales. C’est le retour du single et de la force du “track”. La forme artistique de l’album n’est sans doute pas morte mais elle ne sera plus la principale.

Le format album dans sa phase mature est apparu dans les années soixante. L’évolution de la technique permettait des plages plus longues, libérant ainsi les artistes de certaines contraintes. Des groupes comme les Beatles, Pink Floyd, ou Led Zeppelin firent ainsi avancer la création en s’appropriant ce format. Cette avancée technologique permit de sortir des albums qui resteront dans l’histoire de la musique du 20e siècle.

Aujourd’hui, les avancées technologiques permettent de nouveau une mutation du format. Un album qui reflète l’univers de l’artiste devrait être désormais interactif, dynamique, mis à jour régulièrement, et inclure de l’audiovisuel, des jeux, des textes etc. La technique permet tout cela. Comme développé par Mark Mulligan sur son excellent blog http://musicindustryblog.wordpress.com , je pense également que c’est aux artistes de se réapproprier ce format de la création. Les producteurs devraient les y aider.

Le format album est mort. Une occasion pour le réinventer.

Mettre fin aux idées reçues.

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Aujourd’hui, j’ai décidé de faire la peau aux idées qui trainent et s’accrochent au monde d’avant. Quand on passe rapidement d’un monde à l’autre, les méthodes de travail, les certitudes et autres concepts ont parfois du mal, et c’est normal, à avancer aussi vite.

L’exercice consiste à faire le tri entre une idée qui a vieilli, un mythe et une idée qui illustre un « vrai » changement.

Aujourd’hui, j’en ai listé dix.

1)  La musique est un produit : vieux concept.

La confusion est née du support, qui n’a que soixante-dix ans d’âge. Avant les années 30, la musique était véhiculée par les concerts, les cabarets la danse, en d’autres termes une expérience, une émotion vécue seule ou partagée à plusieurs. La musique n’est pas le support comme la carte n’est pas le territoire.

2)  La possession : vieux concept.

La musique à l’âge de l’accès (à relire l’ouvrage de référence « l’age de l’accès », de Jeremy Rifkin) balaye la notion de possession puisque désormais, ce qui compte, c’est d’avoir un accès. Un peu d’anglicisme barbare : le consommateur souhaite un accès « ATAWAD » (anytime, anywhere, on any device). Accéder à la musique grâce à une connexion internet -désormais disponible partout- sur tous les appareils, Apple ou Android (plus seulement dans le concept du foyer numérique développé par Steve Jobs). La question, c’est la monétisation de l’accès, plus celle de la possession.

3)  La relation directe de l’artiste et du consommateur : changement.

On pourrait lister pendant des heures l’ensemble des changements qu’internet a provoqué dans ce domaine. Mais le changement le plus profond, c’est bien le fait qu’il y existe une relation directe, désormais effective, qui rend possible toute sorte de communication, proposition artistique, discussion, en un mot « relation », entre l’artiste et son fan, en temps réel et sans interruption.

4)  La fin de l’intermédiation : mythe.

Pour le consommateur, l’intermédiation reste nécessaire pour FILTRER. La « curation » reste essentielle. Face à 20 millions de titres d’une plateforme de (streaming ou téléchargement) l’utilisateur a besoin d’être orienté, guidé, en fonction de ses gouts (moteurs de recommandations avec différents types d’algorithmes), en suivant des « leaders », « trends setters » auxquels il est « attaché » par le lien social, ou médias en qui il a confiance. La relation directe de l’artiste et du consommateur ne signifie pas la fin de l’intermédiation. Bien au contraire. Pour l’artiste, l’intermédiation reste aussi nécessaire : il a besoin d’un « business partner », d’un « conseiller » puisqu’il n est pas un spécialiste en « business », d’un avocat puisqu’il n est pas spécialiste en droit, d’un « producteur » puisqu’il n’est pas toujours expert en production, d’un producteur de spectacle puisqu’il n’est pas lui-même un spécialiste dans ce domaine, d’un « community manager » puisqu’il n’est pas spécialiste en animation de communauté, d’un attaché de presse …La liste est longue et quoiqu’en disent certains, ces métiers sont des vrais métiers de savoir-faire.

5)  Le modèle « venture capitalist » : vieux concept.

On lance dix artistes et on espère que l’un des dix artistes aura un succès tel qu’il permettra de générer les revenus suffisants pour générer les profits nécessaires et éponger les pertes des neuf autres. Avec la fin du business modèle de la possession, ce n’est plus possible. Car le business modèle ne permet plus d’éponger les pertes de 9 artistes.

6)  La fin de l’ « artistique » : mythe,

Quand le marketing n’est plus efficient, c’est l’émotion qui prime. Bien avant l’invention du terme « storytelling », le marketing des artistes était déjà du « storytelling ». L’essence même de ce qui est véhiculé par l’artiste. Avec le travail artistique autour de l’œuvre audiovisuelle et l’univers de l’artiste, l’ « artisanat » va renaitre autour du numérique.

7)  Le financement participatif ou « la demande qui crée l’offre » : mythe.

L’offre, ou proposition artistique d’un artiste inconnu est toujours antérieure à la demande. Le financement participatif est un formidable outil pour financer la production et un formidable dispositif de social marketing (les premiers fans étant les « financeurs ») mais le financement participatif ne peut être vu comme un nouveau business model.

8)  Les Majors c’est fini : mythe.

Il y aura toujours des structures de « recording » ou « publishing » , qui vont agréger des catalogues d’audio et vidéos. Plus le catalogue sera important, plus leur pouvoir de négociation avec les géants comme Apple, Google ou Amazon sera grand.

9)  La Long Tail (la thèse de Chris Anderson « the long tail ») :

Attention, cette idée ne vaut pas pour tous. Pour avoir une « tail » il faut avoir du catalogue, et ceci n’est que l’apanage des trois majors. Pour les autres, la « tail » n’est pas égal au chiffre d’affaire des « hits ».

10) La technologie, ce vieux démon : mythe

La technologie n’est pas une ennemie. Les industries de la musique se sont souvent battu contre la technologie. Lors de l’avènement de la radio, aux Etats-Unis les ayants droits ont attaqués en justice les premières radios (ça ne vous rappelle rien ?). Aujourd’hui tout le monde a oublié que la radio a permis le formidable explosion de l’industrie de la musique enregistrée et la fabrication du « star system ». En 1920, les ayants droits et les artistes se plaignaient de la radio. Aujourd’hui, ils ont tendance à se plaindre du modèle de streaming. Ils oublient que, c’est ce modèle, grâce à la technologie (4G, smart phone) qui étendra définitivement l’accès à la musique – potentiellement- à tout individu (à la condition qu’il ait une connexion internet et un « device » – en général les deux marchent ensemble).

Apple & Beats. “And the beat Goes On” ( Courtesy of ‘The Whispers’ )

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Le rachat de Beats par Apple pour 3 milliards de dollars est un événement majeur pour le secteur de la musique et des nouvelles technologies et c’est pour cette raison que j’ai choisi d’en parler.

Cette vente devrait marquer un changement de la donne sur le marché de la distribution de musique dans le monde.

La lecture approfondie de la presse économique sur ce sujet m’a poussé à replonger dans l’excellent ouvrage de Clayton Christensen « The Innovator’s dilemma » qui date de quelques années mais reste d’actualité. L’auteur y explique le dilemme devant lequel est placé une société innovante : prendre le risque d’abandonner son modèle économique dominant parce qu’il sera mis à mal par une nouvelle innovation technologique qui deviendra, dans un avenir proche, la norme du marché. C’est la situation dans laquelle se trouve Apple. Son modèle dominant – le téléchargement – est désormais dépassé face au streaming. Le marché n’évolue plus vers le modèle de la possession (de fichiers musicaux) mais vers celui de l’accès (abonnement qui donne accès à 20 millions de titres en ligne).

Apple achète une marque « cool » de casque et d’enceinte qu’elle fera évoluer vers un « smart » casque.

Dans le cas d’un rachat comme celui ci, la transaction est souvent motivée par des actifs inexistants chez l’acquéreur : une base consommateur large et qualifiée, une innovation technologique ou innovation produit « disruptive » – en d’autres termes une innovation qui change la donne sur le marché en question (WhatsApp racheté 19 milliards de dollars par facebook par exemple).

Nous ne sommes pas, ici, dans ce cas de figure. Alors de quoi s’agit il ?

Tout d’abord, la valeur de la marque «  BEATS », son chiffre d’affaire et surtout sa rentabilité. Tout le monde a entendu parler de la société, crée en 2008, par Dr Dre et son associé Jimmy Iovine, producteur et music business exécutive de renom. Le chiffre d’affaire de Beats pour la partie « casques et enceintes » est estimé à 1 milliard de dollars selon le Financial times, et Tim Cook, l’actuel patron d’Apple, a déjà assuré qu’il conserverait la marque.

Apple est une société dont l’essentiel du chiffre d’affaire est désormais constitué de la vente d’appareils (ou « devices » en anglais) portables. Or, Beats a crée une formidable marque d’appareil portable, dont la marge est très confortable : la différence entre la fameuse « valeur d’usage » et la « valeur d’échange » est très proche de celle de l’iPod et de l’iPhone. Selon le New York Times, certains casques Beats ne couterait que 14 dollars à produire, et le prix public de la gamme de casques grand public de Beats s’étend de 250 à 600 dollars. C’est la partie « smart » – la partie « intelligente », celle qui est connectée à internet – qui rend ces appareils si rentables.

L’évolution du casque est donc d’être “smart” ? Sans doute. Le casque deviendra très vite « smart » et inclura un service de streaming illimité de musique en y intégrant le service de streaming de Beats.

Au delà du casque, il y a les autres appareils et notamment le marché du “fitness”. C’est à dire, l’ensemble des appareils fixes dans les milliers de salle de sport aux Etats Unis mais aussi les appareils de sport domestiques.

L’appareil de fitness deviendra aussi « smart » et le marché aux Etats Unis est évalué à 107 milliards de dollars selon le Financial times.

Mais la pomme n’achète t-elle pas avant tout un service de streaming ?

Au delà des appareils, c’est surtout le service de streaming dont la valorisation n’excède pas 300 millions de dollars, qui intéresse Apple…

« Quickroad to streaming » comme dit l’excellent Bob Lefsetz dans son amusante newsletter (dont je vous recommande la lecture sur http://lefsetz.com/wordpress/). Si tel est le cas, pourquoi ne pas racheter Spotify directement ?

Le download étant déjà arrivé à un plateau. En France, les chiffres du marché du téléchargement sont négatifs (source snep premier trimestre 2014) et cette baisse est surtout importante sur le “back catalogue”, qui constituait le socle de la marge des services de téléchargement. Comment pénétrer le marché du streaming sans scier la branche sur laquelle Apple est assise (iTunes music store) ? Toutes les études parues aux Etats unis le prouvent, le streaming recrutent ses utilisateurs chez les consommateurs de téléchargement, dont Apple possède l’essentiel du marché. La seule façon de ne pas perdre ces consommateurs est donc d’avancer vite sur le streaming. Et iTunes radio ne suffit pas.

Dans le reste du monde, le streaming connait une forte croissance sur les territoires ou le téléchargement ne s’est pas vraiment imposé, comme on peut le constater sur le slide de Marc Mulligan ci dessous :

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Faire l’acquisition du service de streaming BEATS permet à Apple, désormais orphelin de son visionnaire Steve Jobs, de faire une avancée plus rapide sur le marché du streaming, à l’aube du lancement du service de streaming payant de YouTube et de l’introduction en bourse de Spotify.

Une preuve de plus que le streaming est le modèle dominant du marché de la musique en ligne. Ce rachat va consolider et structurer du marché du streaming

Quid du futur de Deezer dans lequel Lenn Blavatnik, également actionnaire dans Beats et propriétaire de Warner a investi ?

Mais que fera Google ? Se contentera t-il du lancement de l’abonnement sur YouTube ?

Amazon rachètera t il les concurrents ? Spotify ou Rhapsody/ Napster ?

Suite au prochain épisode.

Content Connectors: How the Coming Digital Content Revolution Will Change Everything

Music Industry Blog

In my previous blog post

I explained that 2014 was going to be the year of taking digital content into the home.  That affordable devices such as Google Chromecast, Apple Kindle Fire TV, Apple TV and Roku are set to drive a digital content revolution by connecting digital content with the familiar context it needs for the mass market.  These

Content Connectors

will transform consumers’ relationship with digital content but they will also turn the existing digital content marketplace on its head:

  • Breaking down the home entertainment silos: our digital content experiences have evolved entirely isolated from our other media experiences.  We multitask because one device is connected and one is not.  Our homes have become a collection of content experience silos.  Content Connectors break down those walls, brining our digital content experiences onto that most un-connected of devices, the TV.
  • On-boarding late adopters: In most developed markets, most consumers…

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Contre « la tyrannie du choix » * : Robots VS Humains ?

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La recommandation et la découverte sont désormais les facteurs clés de succès de la fidélisation et de l’acquisition client des services de streaming.

Il y a quelques jours Spotify annonçait le rachat, pour 100 à 125 millions de dollars, de THE ECHONEST, société spécialisée dans le traitement des « data » et la recherche par similarité (algorithmes de recommandations). Dans son blog ‘Music Machinery’, dont je vous recommande vivement la lecture, Paul Lamere, le guru de l’open API de The Echonest déclarait qu’il souhaitait faire « the best music listening experience in history » …Tout un programme donc.

Une fois sur son service de streaming, face à 20 millions de titres, le « Spotify user » ou le « Deezer  user » est perdu. Les plateformes de streaming ont identifiées ce problème depuis le début mais, pour l’instant aucune d’entre elles n’a trouvée la formule magique pour le résoudre : Intervention humaine ( équipe éditoriale ) ou procédé technologique (algorithme) ou savante alchimie des deux ?

Spotify a choisi et par ce rachat, ils annoncent clairement leur volonté stratégique de résoudre la lourde problématique de la recommandation. L’acquisition de The Echo Nest est donc une étape importante pour garantir une valeur ajoutée à leur service, et se placer ainsi comme le premier service mondial de musique afin de réussir leur entrée en Bourse, que la rumeur annonce déjà pour 2015.

Car derrière la recommandation se cache une question de taille, fondamentale pour les créateurs et leurs producteurs : Comment adresser la « découverte » ?

Dans les dernières décennies, le média radio était le premier medium de la découverte. En 2014, à « l’âge de l’accès », 82% des pratiques digitales en musique se déroulent sur les plateformes de streaming ( source GFK). La découverte, est le challenge le plus important pour les services de streaming s’ils veulent concurrencer les radios et s’imposer plus rapidement comme le carburant du moteur économique du marché de la musique enregistrée.

* du livre du même nom,  de Renata Salecl dans lequel l’auteur explique, entre autre, pourquoi trop de choix génère, chez le consommateur/internaute une angoisse.

 

Le meilleur qu’on puisse souhaiter pour un artiste n’est pas d’être signé mais d’être écouté.

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Il y a quelques temps, pour ces 5 ans d’existence ,Spotify publiait des chiffres que j’ai trouvé intéressants ( fait rare car ils sont plutôt avares sur les informations à l’instar d’Apple ) : Une chanson sur cinq ne serait pas écouté , soit plus de 4 millions de titres.

C’est donc l’enjeu de la visibilité sur la plateforme, et des plateformes de musique numérique  en particulier, qui est au centre des préoccupations….Si je ne suis pas vu alors je ne suis pas écouté.

Depuis l’avènement de la pop musique dans les années 60, le rêve pour tout artiste qu’il auteur, compositeur, interprète ou juste interprète est d’être signé dans une maison de disque. Signer en maison de disque était  un aboutissement car cela débouchait forcément sur l’absolu : « Faire un disque »

Dans les années 80 puis dans les années 90 avec l’avènement du CD et de l’industrialisation des activités culturelles,  la signature en maison de disque est encore plus synonyme de notoriété, succès,  paillettes, corollaire  de l’exposition médiatique, des ventes de disques et des revenus impressionnants.

J’ai eu la chance de travailler avec des artistes débutants qui avaient concrétisés leurs rêves : signer dans une maison de disque et j’ai eu encore plus de chance lorsque que j’en ai accompagné certains aux « Victoires de la musique ».

Bref, être signé en maison de disque était le Graal absolu. L’assurance d’une « carrière », l’assurance d’ « exister »

Depuis les années 2000 et les nombreux progrès technologiques tout musicien/artiste  amateur peut faire un album depuis sa chambre grâce à un ordinateur et quelques logiciels. Ce même musicien peut également mettre en ligne sa musique gratuitement, ou pas, mais dans tous les cas facilement, tout comme faire sa promotion et son marketing sur le web grâce à des outils faciles et gratuits. Le pire qu’il puisse même lui arriver c’est d’être signé sur un label ou une maison de disque connue.

Je m’explique : vous pouvez faire un disque, être signé en maison de disque, vous n’êtes rien. Vous n’êtes rien tant que vous n’êtes pas écouté. Plus de 20 millions de titres sur les plateformes de streaming, plus de 100 heures de vidéos uploadées chaque minute sur YouTube, des milliers de radios sur internet, des centaines de milliers de blogs musicaux, millions d’ordinateurs connectés entre eux etc.

Un océan de titres, un univers de possibilités.

Comment être remarqué , comment être écouté ?

Pour cela, chers artistes,  vous avez besoin d’une équipe de promotion aguerrie aux nouvelles ( et aux anciennes )  techniques et stratégies pour faire qu’un artiste soit écouté sur les ondes, sur le web, sur le mobile, sur les services de streaming, sur tous les supports numériques actuels et à venir.

Vous pouvez trouver ces fines gâchettes dans les petites, moyennes ou grosses structures, mais vous devez les trouver si vous voulez être écouté.  Un artiste a besoin d’un « business partner » , manager ou label, plus que jamais pour travailler à faire écouter sa musique.

Etre écouté c’est le nouveau Graal.

Le meilleur que l’on puisse souhaiter pour un artiste n’est pas d’être signé mais d’être écouté.

 

It’s The End Of The World As We Know It ( And I Feel Fine ). Courtesy of Michael Stipe

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Pour les artistes, musiciens, producteurs, éditeurs et tout ceux qui  font de la musique ou de son exploitation leur métier, plus rien ne sera plus jamais comme avant.

Depuis le début des années 2000 et la fameuse «  révolution digitale » qui allait, avec le P2P , remettre en cause tous les modèles, le fan de musique n’achète plus de « compact disc laser ». Alors on s’en désole et on se raccroche à ce qu’on sait faire, de la musique pour certains, produire des disques pour d’autres en espérant qu’on trouvera bien, tout de même, quelques acheteurs en appliquant rigoureusement les techniques de marketing et de promotion d’avant – avant «  l’internet » -, avant que tout ça parte à vau- l’eau.

Puis une ribambelle de termes barbares sont apparus mettant  des mots sur des pratiques qui s’installent plus vite que la vitesse de la musique : du web 2.0, du marketing 2.0, des réseaux sociaux, du streaming gratuit, du streaming en abonnement, du crowdfunding, de la radio internet, de la radio intelligente.

En cinq ou six ans, des sociétés s’imposent comme des évidences dans l’économie de la musique, elles suivent ou devancent les pratiques du public, redéfinissent les règles du jeu.

On ne peut plus faire sans. Il faut faire « avec » : avec Facebook, avec  YouTube, avec Twitter, avec flckR, avec iTunes, avec Spotify,  avec Deezer, avec Dailymotion, avec soundcloud, avec shazam, avec songkick, avec bandcamp, avec soundrop, la liste est longue comme le bras et elle s’allonge tous les jours.

A forest ( courtesy Robert Smith ).

Un foret de start up et de services en ligne pour les artistes dans laquelle il très facile de se perdre. Mais pour peu qu’on sache ou l’on veut aller et qu’on ait une boussole, si on a deux jambes et une tète bien faite, on peut y arriver. Ne pas paniquer, surtout ne pas paniquer.

Rien n’est plus comme avant. Tout est plus facile qu’avant. La technologie n’est pas le diable, la technologie est un progrès, pour la musique tout du moins.

Il suffit juste de savoir ce que l’on veut faire et avoir du talent. Pour le premier, ci-dessous une liste de nouveaux outils qui rendent la vie plus facile ; Pour le deuxième ( avoir du talent )  je ne peux rien pour vous,  remettez vous en à Dieu si vous êtes croyants ou sinon à un gourou. Dans tous les cas :  travailler, travailler plus , encore plus.

Je ne vais pas expliquer, ce que fait déjà tout le monde sur FaceBook, twitter, instagram, flickR et sur son channel YouTube mais plutôt vers notre site pour progresser sur ces sujets ( et bien d’autres ) : www.buzzmymusic.com.

Une sélection d’incontournables :

Faire écouter votre musique avec un player simple et très facile à utiliser : www.soundcloud.com

Vendre votre merchandising, le stocker, l’expédier. Idem pour vos vinyls ou vos CDs : www.wiseband.fr

Vendre votre musique ou monétiser vos clips sur YouTube sans passer par un distributeur :www.tunecore.com, www.zimbalam.com,

Faire un concert devant sa web cam dans un lieu de son choix, le vendre ou permettre un accès gratuit : www.stageit.com,

Avoir une vidéo de son concert filmé par des fans : http://www.evergig.com

Faire appel à la communauté pour financer un projet, encore appellé le « financement participatif » il en existe énormément : www.ulule.com, www.kisskissbankbank.com, http://www.mymajorcompany.com

Communiquer sur vos dates de concerts sur http://www.Bandsintown.com

Vendre sa musique en digital, trouver des concerts et vendre des tickets de concerts etc. deux serices présents aux Etats Unis  et bientôt dans notre pays : www.reverbnation.com ou http://www.topspin.com

Une sélection de jeunes pousses que je trouve particulièrement intéressantes :

Vous permettre de remplir une salle de concert grâce à vos fans : http://www.thebandsquare.com

Permettre à vos fans de faire des dons tout en diffusant votre musique : http://www.moozar.com

Récompenser ses fans pour le travail de promotion qu’ils font pour votre musique : www.fandistro.com

Vous connecter avec des professionnels  : http://www.musicgateway.net , un peu le LinkedIn du secteur musical.

Rajouter une couche sociale à la vente de votre musique sur internet www.kicktone.com

Faire des vidéos amusantes  : http://www.starlize.me

La route est longue  ( dans cette foret), mais la ballade est jolie.